31.10.2011
S'il suffisait...
S'il suffisait d'être intelligent pour ne pas être bête... on le saurait.
Oh ! ma soif d'inertie.
Comment s'associer sans s'aliéner ? C'est la question. Une question sans réponse. Oui dans l'état actuel de nos connaissances et de nos moeurs, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit d'une question sans réponse. Pas de réponse, donc.
Ah ça, il n'était jamais en retard d'un reproche la concernant. A ce propos, les comptes tombaient toujours justes. Et quand elle s'en plaignait, il lui reprochait encore de se poser en victime. Alors elle se voyait réduite au silence. Mais se pouvait-il qu'elle soit effectivement innocente de tous les reproches dont il l'accablait et uniquement victime de sa mauvaiseté.
Désormais, ce qu'il faisait avec le plus de passion, c'était coupeur d'herbes, et ça le ramenait à l'enfance quand il fouettait avec une tige de bambou des massifs entiers d'orties, espérant que son ardeur suffirait pour venir à bout de toutes les orties de la terre. A la même époque, il y avait aussi ce plaisir quand son père lui demandait de ratisser le gravier.
Entre temps, il était devenu spécialiste de ceci... de cela. Il était entré dans le détail de bien des choses sans y trouver le bonheur escompté.
Maintenant il le savait : ratisser le gravier, couper l'herbe, c'était la vraie vie.
Créer comme un paradis. Quelque chose au dessus de la condition des hommes.
Oui, il y a des longueurs - de grandes longueurs - et ne me dites pas le contraire. Mais bon !
Les mots se tordent autour de ma pensée, ils s'agrippent à elle sans répit. Comme la vigne vierge part à l'assaut d'un mur, en épouse la forme, recouvre chaque interstice.
Une tortillade de jambes. Nues, blanches, musclées, belles, qui s'enroulaient autour d'elles-mêmes dans un mouvement giratoire complexe. Deux jambes seulement ! Peut-être plus.
Une question récurrente : Tiens, mais je le connais celui-là ! Mais d'où je le connais ? Oh, et puis je l'ai déjà vu, c'est tout.
Une mémoire sans fond. Un présent perpétuel dans lequel la conscience, fragile, s'abîme dans la pensée.
Lorsque je cesserai de fumer, lorsque j'aurai arrêté de me ronger la peau au dessus des ongles, lorsque je ne boirai plus de café à toutes heures de la journée, lorsque je ne grappillerai plus, toujours le nez dans le réfrigérateur, matin, midi et soir, alors je pourrai dire que ma volonté est une interface valable entre le réel et moi.
Mais souvent les efforts à entreprendre semblent démesurés par rapport aux résultats visés. Des efforts énormes pour une satisfaction dont on a l'intuition qu'elle se révélera infime.
Que ma volonté, claire, fluide et harmonique, transcende l'anxiété. Rien que ça.
Les gens qui n'ont pas la sens de l'orientation, ils n'ont pas non plus le sens du détail. Ils vivent grosso modo.
Celui qui a tort, c'est celui qui est le plus soumis à son inconscient, celui qui est le moins libre.
Le retraité, mon héros, mon horizon d'attente. Si je pense à toutes ces décennies de travail, à toute cette souffrance, cette torture, cet enfer, à toutes ces remises en question sans réponse, je me demande : "Y avait-il un moyen de faire autrement ? "
Tu penses à dix choses, la onzième, tu l'oublies.
La bêtise, c'est conclure, dit Flaubert. Vérité profonde, mais aussi propos conclusif, donc paradoxe un peu à la manière crétoise. On n'en finit jamais avec la bêtise.
21:37 Publié dans lyrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Imprimer |
29.10.2011
Caractère et personnalité
Le caractère, c'est notre puissance d'exister et d'agir. C'est une donnée qui s'inscrit en nous dès la plus petite enfance. Le caractère est régi par des lois d'intensification et d'affaiblissement. C'est une force qui mesure un écart et à l'intérieur de cet écart, elle est quasi-immuable. Sauf accident, difficile de monter plus haut, difficile de descendre plus bas Dans ce sens elle ne subirait que d'infimes variations tout au long de l'existence. On peut voir qu'avec le caractère, la vie est une succession de lignes brisées, une répétition, un enfermement.
La personnalité, au contraire, serait mouvante. Ce serait une capacité à s'adapter, à se transformer, à passer d'un état à un autre, à franchir les étapes de la vie. Elle serait régi par un principe de conservation à la fois adaptative et améliorative, dans ce sens qu'elle serait cette propriété capable de produire du neuf, de l'inédit, et peut-être même de l'indéterminé.
Ainsi l'homme d'âge mûr, transformé par sa personnalité, ne se reconnaît pas toujours facilement dans le jeune homme qu'il a été, même si l'énergie qu'il déployait alors ne lui est jamais étrangère.
On tiendrait le caractère du père et la personnalité de la mère. Je ne sais pas pourquoi, j'ai tendance à prendre ces idées au sérieux. J'ajouterai que l'on rencontre, il suffit de regarder autour de soi, des gens qui ont, par exemple, du caractère mais pas de personnalité, d'autres de la personnalité mais sans caractère. Assez rarement du caractère et également de la personnalité et, enfin, on les plaint, des êtres dénués de caractère mais aussi de personnalité.
Il faut ajouter qu'en fonction des cultures, des sociétés, des groupes humains, l'ine ou l'autre de ces propriétés est privilégiée.
00:36 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : caractère, personnalité |
Imprimer |
25.10.2011
La haine de l'autre
On espère inscrit dans la nature humaine quelque chose qui fonctionnerait comme un frein, mais il faut bien constater que, s'il existe, il ne tient ce rôle que très imparfaitement.
Qu'untel dise ne pas aimer l'autre, voire même qu'il le hait sous toutes les formes possibles et imaginables d'apparition de celui-ci, on l'entendra peut-être en pensant que ce n'est pas la meilleure part de celui qui profère ces diatribes, mais qu'enfin chacun est libre d'exprimer une opinion quitte à la lui faire changer.
Seulement voilà, une fois ces opinions circulant dans l'espace public, et en fait, plus ou moins, on les trouve en tout lieu et à toute époque, alors il y aura toujours un individu, un groupe, une communauté, un Etat, qui dans la confusion des idées et des sentiments trouvera très naturel et tout à fait légitime, le passage à l'acte.
De la haine de l'autre comme idée au massacre réel, on voudrait un hiatus, une solution de continuité, un fossé béant, non il y a simplement une pente très peu prononcée. Et c'est cela que l'on trouve aussi terrifiant.
09:17 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : haine, autre |
Imprimer |
Dans le parc des statues déchues
A Moscou, dans le parc des statues déchues, j'imaginais, avant d'y aller, un joyeux pêle-mêle, un bric à brac de hauts dignitaires de l'empire soviétique, de différentes formes, dans différents modèles, qui auraient confluer de toutes les parties de l'empire parce qu'ils encombraient désormais l'espace public, et qui seraient là, renversés, gisants, la tête en bas (pourquoi pas ?), certains mutilés fracassés, empilés les uns sur les autres. Finalement disposés dans un désordre arbitraire et irrespectueux.
Au lieu de ça. Aucune trace de déchéance. Plutôt une mise à la retraite paisible pour une dizaine de dignitaires parmi les plus grands. Dzerjinski, le fondateur de la Tcheka, certes, n'occupe plus l'immense place devant la Loubianka, mais toujours sur son socle de six mètres de haut, il règne sur un petit carré de verdure.
Les bustes ou les statues de Lénine, Brejnev, Gossyguine, délicatement posés les uns à côté des autres, dans une presqu'intimité avec le passant, paraissent l'interroger sur le sens à donner à leur vie.
Seul un Staline, dont le nez a été martelé, (le pauvre) voisine, pour le prix de ses crimes, avec un mur de visages déformés que maintiennent en les enfermant des barbelés.
Au pied de sa statue, je repense à ses paroles : "Choisir sa victime. Préparer minutieusement le coup. Assouvir une vengeance implacable. Et ensuite aller se coucher. Il n'y a rien de plus doux au monde." Et il ajoutait : "Vous ne savez pas reconnaître l'ennemi."
09:01 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dzerjinski, loubianka, lénine, brejnev, gossyguine, staline, moscou, soviétique |
Imprimer |
22.10.2011
Le monde et moi comme ils vont au jour le jour
Je sens le bonheur monter en moi avec des sentiments mêlés de tristesse et de mélancolie. Une sorte de plénitude. Le vide de l'existence et une confusion.
Comment dire tout ça ?
J'aime cette solitude. Un picotement intérieur à caractère épidermique.
Qu'est-ce que je fais ici même si je ne savais plus être là-bas ?
Une subite légéreté me saisit parfois, semble possible et disparaît presque aussitôt.
Je fume pour occuper l'espace et le temps - affronter ces monstres.
Je dois franchir les obstacles avec plus de hauteur. Est-ce que j'y parviendrai ? Ne pas répondre à la moindre aspérité du terrain.
Je contemple la beauté du monde et j'oublie les cubes urbains. Je me promenais dans Paris comme dans un passé. Je ne vivais plus le présent. Je suis parti.
A force de vieillir, j'ai continué de vivre.
Un homme vieilli, donc, qui n'attend plus grand chose. D'une logorrhée poétique viendra du mieux ! Pourquoi pas.
Chez moi, c'est petit maintenant, mais y a de la place. Y a de la place pour mon coeur. Pour mon coeur qui bat pourtant très fort.
Mais tu te vois trop beau, mon gars, fais gaffe au retour du bâton. Coups de bâton que j'ai toujours préféré à la carotte, soit dit en passant.
Pour une vie qui ne ressemble plus à grand chose, dans un quartier ouest d'une ville du sud. Chez moi, il n'y avait rien de spectaculaire. Juste une humeur qui s'était imposée au fil des années.
J'ai appris beaucoup des choses, accumulé des connaissances. Mais maintenant, j'ai tout oublié. Je ne me souviens même plus comment on joue à la crapette.
Zébrer le ciel pousser un cri déchirer l'azur hurler dans la nuit.
Un cri qui rendrait sourd même ma sombre épouvante. Puisque les coups de dés se font toujours ratiboiser par le hasard - un cri, un simple cri, un cri énorme
pour terrifier la mort.
Arrêter le cours de l'histoire.
J'en suis capable.
Et après plus rien. La sérénité.
21:29 Publié dans lyrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Imprimer |
L'enfant-tyran
L'enfant-tyran, c'est le Néron de Racine tout craché. Il a reçu une bad education, tout est là. Il a dû beaucoup crier, l'enfant-Néron, pour que sa maman lui apporte des choses. Et Maman Agrippine ne s'en est pas privée. Elle a même fini par lui apporter l'empire sur un plateau, alors qu'il ne lui était pas du tout destiné.
Elle a installé son fifils dans une relation de dépendance. Il voudrait bien se libérer de ce joug. Ses conseillers conseillent qu'il le fasse. Mais dans sa présence, il n'en est pas capable, et hors d'elle, il ne peut rien posséder du monde. C'est une page blanche sur laquelle il ne saura jamais rien écrire. (D'ailleurs la tragédie de Racine ne porte pas son nom). Il est un esclave-tyran voué à une non-existence.
Et si c'est elle qui décide de ne pas céder à son caprice, elle a promis Junie à Britannicus, parce qu'elle ne veut pas que son fils se l'accapare, il se fait quand même apporter la belle, tirée de son sommeil, dans son palais.
Mais sans la médiation de la mère, ça ne marche plus. Junie ne l'aimera pas. Alors l'enfant-tyran veut briser comme des jouets, les objets qu'il ne pourra pas posséder. Il empoissonne Britannicus et Junie, inviolée, s'enfuit vers le temple des Vestales.
19:27 Publié dans critique, topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : enfant-tyran, racine, néron, agrippine, britannicus |
Imprimer |
Christophe et son ami
Christophe a un ami qui se tait. A quel point ce garçon se tait, c’est étonnant. Avec lui on prend vraiment conscience que l’homme habite le silence. Après lui vient une excroissance sur le visage qu’on appelle la parole. Mais originairement le visage est lisse. Entre les lèvres de cet ami, on n’aperçoit jamais qu’une petite bulle. Rien de plus. Lorsque des mots s’échappent, surtout me semble-t-il, à partir de la commissure droite, le verbe est rare, la phrase courte, hachée, presque toujours sollicitée. C’est un bloc de silence, sans hostilité, ni sympathie vers l’autre. Une transparence aussi. On ne parvient pas à lui supposer de pensée intérieure. En tout cas, pas sur le mode du langage articulé, tant, même le dialogue qu’il pourrait nouer avec lui-même paraît par analogie difficile.
Avec Christophe, je m’étonne : Ce silence, quel mystère ! Comment peut-on se taire autant ? C’est presque du militantisme.
Christophe n’est pas avare de réponses : Mais tu comprends, il est tellement bloqué… et suit toute une série d’explications à dominante vaguement psychologique, surdéterminées par d’autres franchement sexuelles.
Je l’arrête : Dans mon interrogation, seul m’intéresse l’étonnement dans lequel je demeure. Et l’inexpliqué. Pourquoi ne tiendrais-tu pas tes réponses à distance de mes questions ?
Des filles rigolent. Elles aussi ont eu l’occasion de remarquer à leurs dépens, cette boîte à réponse, qu’il porte, avec aisance, en bandoulière. Le voilà donc mouché, pour une fois. Autour de son visage, un nuage de vexation se vaporise, heureusement vite dissipé. Souvent les explications qu’il martèle comme des coups sur leur crâne agacent ces pauvres filles, surtout si l’on ajoute le peu d’espoir qu’ils arrêtent de pleuvoir dans un délai raisonnablement bref.
Concernant son ami, Christophe fait preuve d’une infinie patience, d’autant plus méritoire que, il me l’a dit, tant de silence l’accable. Il le suscite du regard, le motive d’un sourire, l’attend en inclinant la tête. Pour lui laisser la parole (et dans ce cas, c’est au sens plein du terme), j’ai souvent l’impression qu’il lui déroule un tapis pour que l’autre dépose dessus, du mieux qu’il peut, ses maigres paroles.
Ainsi depuis des années, il a pour son ami les attentions du thérapeute. Pourtant aucune amélioration notable n’a encore été constatée.
18:40 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ami, amitié |
Imprimer |
Un peu d'histoire
Il y a un parallèle que tout historien un peu sérieux se doit de faire. C'est celui existant entre Cléopâtre et Jackie Kennedy. Comment ne pas noter la similitude de leur destin.
Toutes les deux ont des histoires amoureuses avec deux hommes dont le deuxième est dans un premier temps le bras droit du second. Marc Antoine pour César et Bob pour son frère John.
Pour Cléopâtre comme pour Jackie, les deux hommes finissent tragiquement - assassinats et suicide.
Pour Cléopâtre comme pour Jackie, c'est avec le deuxième qu'elles vivent une grande passion amoureuse.
17:28 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cléopâtre, jackie kennedy |
Imprimer |
Raison vital
Mais il y a aussi un vitalisme rationnel. Autrement comment expliquer que la raison progresse peu à peu dans le monde. Peu à peu, ça veut dire quoi ? Disons que son unité de mesure serait le siècle, voire le millénaire. Alors dans la synchronie de nos existences qui peut avoir une claire certitude que l'humanité va vers le mieux ? Un doute persiste.
Oui, le rationnel pousse à vivre aussi, en dépit de l'idée communément admise pour laquelle ce sont les forces obscures de l'irraison qui gouvernent entièrement nos vies.
16:17 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : raison, irraison, vitalisme |
Imprimer |
Parallélisme
Pour Spinoza, il y a parallélisme entre le corps et l'esprit.
"On ignore ce que peut un corps" dit-il. Mais pourquoi ce parallélisme ?
Hypothèse : parce qu'il y aurait interaction, tout simplement. entre ces deux attributs, pour utiliser un vocabulaire spinozien. Chacun est le produit et le moteur de l'autre sans qu'il devienne possible de distinguer aisément lequel est cause et lequel est conséquence alors même qu'une évolution parallèle se laisse entrevoir.
Parallélisme parce qu'interaction. Là résiderait le mystère de l'existence humaine. Est-ce que je ne viens pas de le dévoiler ?
Jusqu'à une prochaine fois...
16:03 Publié dans topique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parallélisme, corps, esprit, spinoza |
Imprimer |


