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05.12.2011

Bad trip

Dans ma conscience-cathédrale, un oiseau volait au-dessus d'un requiem, il tentait de s'échapper, collé à la lumière des vitraux.

Les membres trop bien articulés entre eux, je me figeais, je comprenais l'âme des pierres et leur désir d'immortalité tenace.

J'entamai un dialogue avec moi-même :

- Au fond de tes yeux, il y a un visage, veux-tu le contempler?

- Quel visage ?

- Concentre toutes tes forces, des forces dont tu n'as pas l'idée. Regarde qui vient dans le noir !

- Quel visage ? Le mien ou celui de ma mère ? Du fond de cet espace obscur dans lequel je ne vois rien mais que je reconnais. Ce sera la mort !

- Oui, c'est ton pouvoir. Vivant, tu verras ta mort , et tu pourras crier d'horreur. (Bien qu'encore lointaine, l'image se précise, elle se rapproche.)

- Traverser le miroir, non, ça ne se peut pas, je ne le veux pas.

 

Je rouvris les yeux, le sol fut pris de violentes secousses, ma main crispée tentait de le maintenir ferme.

Enfin je parvins à un atterrissage et ce fut comme une nouvelle naissance.

Je me redressai sur mon lit et inspectai les objets de ma chambre, familiers, bien trop familiers. Et cette ambiance d'éternité - Non, c'est une farce, arrêtez !

Me revoilà devant mes juges :

- Et tu reviens toujours ici. On te l'avait pourtant dit. Tu étais prévenu !

- Oui, oui, c'est vrai, j'avais oublié, je ne savais plus, mais au fond ce n'est pas grave, ce n'est pas vraiment vrai. Et puis quelle est ma faute ?

 

Est-ce que je dois croire à la réalité de cette scène ? Mais je suis seul dans cette pièce, je peux m'échapper.

Je vais réveiller mes amis qui dorment dans la chambre de l'autre côté du couloir.

Non, ce n'est pas une bonne idée. Il y aura les hurlements de leur chien, et leur ahurissement, quand à peine tirés du sommeil, ils seront face à mes yeux effarés.

Ce serait du déjà-vu, déjà-entendu - Éviter de donner prise à mon obsession - Rester calme - Retrouver le présent et sa création du temps.

Je marche dans le couloir, je reviens du déjà-vu éternel au toujours-vu quotidien.

Dans la cuisine, j'ouvre le réfrigérateur, je bois, j'hésite encore pour mes amis, non, je dois les laisser étranger à tout ça.

Je retourne dans ma chambre, lentement, je me tiens au mur, la sensation perd de sa force.

De nouveau sur mon lit - Me repentir - Jamais plus ça - M'éloigner de ce lieu maudit. Je vais voler.

 

La peau recouverte d'un duvet de sueur, je m'envolais à grands coups secs de mes moignons d'ailes, les omoplates totalement libérées, et à chaque battement, mon bec fendait l'air. Sous moi, un lac disparaissait peu à peu.

Plus tard, le coeur tapait dans la poitrine comme jamais. Et si je mourrais cette nuit, demain on me retrouverait et on ne saurait rien.

Dormons.

 

Paris, 1981

 

 

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