11.01.2012
Dans cette ville... (VIII)
Un jour, je suis entré dans le café. Je me suis dirigé vers ma place coutumière, et elle était là, devant moi, vibrante de chair, aussi réelle qu'au premier jour. Ses longs cheveux noirs encadraient un sourire qui connaissaît la souffrance des séparations inopportunes. Avec dans ce sourire une maturité douce qui n'était pas celle de son âge.
- Je t'ai cherché dans cette ville de Plaisir.
- Où je n'ai jamais vécu. C'était une plaisanterie inspirée par les circonstances. Par contre, moi, j'ai fait mieux que te chercher, je viens de te retrouver.
- Pour un seul petit chiffre dans un numéro de téléphone, tu te rends compte, on a failli ne plus se revoir. Je ne me le serais jamais pardonné.
D'un revers de la main, elle balaya toutes ces explications qu'elle jugeait inutiles.
- N'en parlons plus. J'ai déménagé récemment. Je dois habiter pas très loin d'ici. Dans ce quartier... non, je ne le crois pas, mais pas très loin, oui, c'est sûr.
J'ai reconstitué, plus tard, la scène qui avait précédé nos retrouvailles. Elle avait dû entrer dans le café, terriblement perdue. Une perte qui n'était pas simplement une perte dans ce territoire urbain, pour elle, sans limites et sans issues, mais aussi une perte d'elle-même.
Et aussitôt madame Claudette l'avait reconnue :
- Ah ! Mais vous êtes la jolie petite demoiselle de l'autre soir, asseyez-vous, on va s'occuper de vous.
Comment ? Vous ne reconnaissez pas l'endroit. Enfin, la soirée des plaisirs, c'était ici. Ne me dites pas que vous êtes revenue par hasard. Si ! ah mon Dieu !
Mais peu importe. Il y en un qui sera rudement content de vous revoir. Imaginez que vous lui manquiez tellement, il a été obligé de vous réinventez. Et tous les jours, il vous parle comme si vous étiez là avec lui. Vous voyez un peu. Moi, c'est ce que j'appelle du chagrin, ou je ne m'y connais pas.
Heureusement que je vous ai reconnu. C'aurait été malchance sur malheur de vous laissez repartir. Mais un visage, je ne l'oublie jamais. Rapport à mon métier, j'en vois passer des physionomies. J'ai la passion des figures ou quelque chose du genre. Pas possible autrement.
En tout cas, quand il sera là, ne dites pas que vous êtes revenue par hasard. N'en rajoutez pas non plus dans l'autre sens. Qu'il vous a manqué, que vous étiez triste à mourir, que vous l'avez cherché tout ce temps. Ne dites rien, ni dans un sens, ni dans l'autre. Gardez vos secrets. De toutes les façons, c'est comme ça qu'on leur plait.
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