13.02.2012
Lorsque ma tête...
A celui qui n'est pas éveillé, il n'arrive que des rêves.
Lorsque ma tête a émergé au-dessus du niveau des eaux, toute ruissellante, les yeux toujours fermés, impossible à ouvrir sous la morsure du sel, j'ai entendu sa voix qui criait mon prénom en se vidant de son être jusqu'à une longue vibration de bonheur.
Un cri comme celui qui avait dû présider à ma naissance et comme jamais je n'aurais soupçonné qu'on puisse un jour en lancer un vers moi. Il me faisait fier de revenir dans le monde supra-marin. Une bouée m'a heurté le front, j'ai tendu les bras pour la saisir. D'autres bras m'ont bientôt saisi pour me hisser sur une embarcation.
Auparavant j'avais glissé dans cette masse verdâtre préférant soudain sa tranquilité au tumulte chaotique et inhospitalier de sa surface. Je m'enfonçais en elle, à un certain moment il y eut un tabouret posé là au fond de l'océan, un étrange tabouret, on s'est observé l'un et l'autre et puis il a repris sa vie normale d'objet inanimé. A mesure que je me rapprochais de lui, il s'allongeait, il se démesurait, ou bien était-ce moi qui diminuais jusqu'à tomber le long d'un de ses pieds ?
Tout d'un coup l'endroit m'a déçu, il n'était qu'à moitié accueillant, et surtout habité par une immense solitude à laquelle je ne trouvais pas d'issue.
J'ai eu l'espoir de remonter, des bulles d'air me sont passées sous le nez, mes poumons se vidaient, mes yeux se sont fermés et j'ai vu... j'ai vu ce qu'on voit dans ces cas-là... ma vie... Non pas ma vie banale de tous les jours, heureuse et malheureuse, mais ma vie scripturaire !
Un mélange de rêve et de réalité, de fiction et de rêve que j'avais pris soin d'écrire, année après année, décennie après décennie, sans trop savoir pourquoi, à la recherche d'un vague plaisir, la plupart du temps déçu et vite oublié.
Ce n'était pas la mémoire de ma vie qui me revenait, mais bien cette sur-mémoire, arrachée à la prison des jours, plus signifiante, mieux ordonnée, plus cohérante. A travers ces mots qui défilaient, ma vie semblait avoir eu un sens.
Je me suis abandonné en eux, ils m'ont accompagné jusqu'à un point de non-conscience.
http://www.youtube.com/watch?v=YVpl-RNzdE4
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12.02.2012
Dans cette ville... (I)
Dans cette ville, il y a des millions d'histoires individuelles, mais celle que je vais vous raconter - c'est la mienne.
A l'époque, ils m'appelaient Timide, rapport peut-être à cette omniscience muette qui émanait de ma personne, mais aussi revêtu que j'étais d'une trop mince couche d'identité psychique. Quoi qu'il en soit, je jouais ma vie en mineur. C'était l'histoire de "Moi, je ou le double atrophié."
Je me sentais comme une épithète esclave. Je n'avais plus la force d'appartenir au genre humain. (Faire parvenir ma carte de membre à un bureau de l'ONU avec la mention "Ne fait plus partie de la catégorie que vous prétendez défendre".) J'y songeais. Oui, c'est vrai, à cette époque-là, j'y songeais !
Le vide aurait suffi.
Je me sentais comme un coucher de soleil derrière un cimetière ou un astérisque renvoyant à une note inexistante en bas de page.
De très anciennes humiliations me remontaient comme des nausées, et j'aurais voulu vomir jusqu'à mon propre squelette.
On me disait :" Si tu veux jouir de ta valeur, il faut prêter de la valeur au monde. " Je répondais oui peut-être. On ajoutait aussi : "Tu te sens tout flappy-bluesy, n'est-ce pas ?" Et je répondais; " Flappy-bluesy, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse de l'expression qui convienne."
J'étais obnubilé par mon évolution intérieure et souhaitais acquérir une personnalité juste plausible, sans voir que j'étais plus névrosé que negligent. Aussi loin que remontait ma conscience, elle était douloureuse.
Je n'avais plus qu'un espoir : Modifier cet objet douloureux en modifiant mon reflet dans la glace. J'allais vers les autres, j'attendais d'eux un signe qui ne venait jamais. J'étais trop fier pour vouloir inspirer confiance.
J'aurais aimé être habité par quelque lassitude idéale. Tel n'était pas mon cas, ma lassitude n'avait rien d'idéal.
Un jour que je racontais tous mes déboires à une fille, elle me dit : - Arrête ! Tu me fiches la ménopause.
Je décidai de contempler mon interlocutrice avec plus d'attention. D'autant plus qu'elle ajouta :
- Essaie de me séduire.
D'abord, je me méfiai. D'instinct, je savais que si les hommes peuvent se payer le corps des femmes, les femmes aiment se payer la tête des hommes. Je décidai la provocation.
- Tu sais ce qui va t'arriver à toi, cette nuit ?
- Non !
- Rien !!
Elle ne s'épuisa pas d'un sourire, ce genre de sourire un peu lâche qu'elles ont et qui laisse le dernier mot à leur séducteur. Non, elle ne l'eut pas et, sans un mot, sans un sourire, elle me fit signe de poursuivre.
Je lui expliquai la difficulté que j'avais à me faire aimer d'une femme que je jugeais digne d'aimer.
Elle me dit : " - Si tu es privé de dialectique, alors murmure l'essentiel."
Facile à dire. Heureusement, je savais marmonner des mots, avec un débit très lent, et ils prenaient une dimension sacrée. Peu importait la manière indistincte dont les phrases sortaient de ma bouche, on comprenait seulement qu'elles devaient être dites.
- Suis-je voluptueux ou bien jouisseur ? A vrai dire, j'hésite, j'hésite comme un indécis. Mais le problème n'est pas là. Le problème est : Pourquoi te séduire ?
Je lui expliquai très essentiellement que même la vie ne me laisserait pas le temps de me réaliser pleinement. Que pouvais-je attendre d'une femme ?
Je poursuivais : "- J'ai toujours considéré l'amour d'une femme comme un don du ciel, quelque chose d'à peine méritée. J'en suis sûr, quand une femme m'aime, ce n'est pas vraiment moi qu'elle aime, plutôt une idée de moi, mais si un matin elle ne m'aime plus, c'est bien moi qu'elle n'aime plus. J'ai vécu une fois ce sentiment d'être enfermé à l'extérieur d'une femme, prisonnier au-dehors. Je ne le vivrai pas deux fois, non, pas deux fois. Si j'ajoute qu'il est difficile de vivre avec certaines personnes, et impossible de les quitter, alors vraiment pourquoi te séduire ?
- Non pas me séduire... essayer.
- Et dire que l'amour est la première chose à laquelle une femme et un homme pensent lorsqu'ils se rencontrent. Mais la toile de fond de l'amour, c'est la guerre. Il est plus facile entre les vivants et les morts qu'entre les vivants.
- Que regardes-tu en premier chez une femme ?
- Son décolleté. Il y a des décolletés qu'on dit profond comme des tombeaux.
- Eh bien !
- Eh bien, ce ne sont pas ceux que je préfère.
- Qu'elles sont ceux que tu préfères ?
- Je ne sais pas s'il y a un nom pour désigner ceux que je préfère.
- Comment me vois-tu ?
- Tes membres sont graciles, tes seins sont menus, ton petit ventre rond semble fécond. Ce qui te confère une distinction maniérée comme si tu étais droit sortie d'une cour gothique dans laquelle les rituels de courtoisie imposent au corps féminin les sinuosités de l'arabesque.
J'ajoute que tu laisses entrevoir une certaine féminité extrême avec ce que cela suppose d'intuition et de sympathie pour l'autre.
- Si tu devais me faire l'amour, comment t'y prendrais-tu ?
- D'abord j'éteindrais la lumière.
- Mmm ! Exécrable commencement.
- Ensuite par tâtons successifs, je tenterais de parvenir à mes fins, parce que tout au bout de ces très longues jambes (qui sont, je tiens à le souligner, d'une régularité sans défaut pareilles à des colonnes toscanes) il doit bien y avoir quelque chose.
- Sans aucun doute. Bon, la suite est meilleure. Mais enlève ta main de là où elle est.
- Plus tard, dans la série désir, ce serait sous haute tension, ce serait haute passion. A fond la cuisse, à l'attaque, à l'attaque, à fond la cuisse, à l'attaque et dans une fièvre d'avoine, nous ferions monter la poussière de la danse.
Elle me fit comprendre qu'elle avait une envie de café, sans doute dans le but de faire retomber mes ardeurs. Ce dont je lui sus gré, j'ai horreur de m'échauffer en pure perte.
Sans que la disposition des lieux ait fondamentalement changé, nous étions maintenant autour de sa tasse de café. Elle reprit.
- Comment m'as-tu dis que tu t'appelais ?
- On m'appelle Timide.
- Timide. Est-ce le nom que tu voudrais transmettre à tes enfants s'ils venaient à voir le jour ?
- Non, pour eux je m'appellerai Tragique.
- Pourquoi Tragique ?
- Parce que je leur apprendrai à prendre la vie au tragique, mais pas au sérieux.
- Et moi de quel nom pourrais-tu m'affubler ?
- Pour toi, ce pourrait être Plaisir.
Cette nouvelle identité lui plut immédiatement.
- Plaisir, c'est gentil Plaisir. Et pourquoi donc ?
- C'est que j'ai beaucoup réfléchi sur les différentes sortes de plaisir. Veux-tu que je t'en énonce quelques uns.
Elle ne se fit pas prier.
- D'abord considère les plaisirs éthérés, un plaisir d'ange, des plaisirs enfantins, mais aussi de vils plaisirs. On peut rugir de plaisir, ou ronronner de plaisir. Miauler de plaisir. Pousser des cris de plaisir. Un plaisir de bête, minauder de plaisir (Note qu'ils ne me viennent pas dans un ordre ascendant). S'exclamer, s'esclaffer de plaisir, soupirer, hoqueter de plaisir. Bondir, sauter de plaisir. Hurler de plaisir. Crier son/ de plaisir, un feulement de plaisir. Plaisir d'offrir, de recevoir. Le plaisir d'une rencontre et le plaisir de te revoir. Un plaisir sauvage, brutal, les plaisirs guerriers et le plaisir des habitudes. Le plaisir du beau, un plaisir infini. Un plaisir vache, animal ou bestial.
Sur ce, elle manifesta le désir de descendre dans la rue. L'atmosphère de ma chambrette devait lui paraître étouffante. J'obtempérai de bonne grâce tout en lui faisant remarquer que les trottoirs de nos citées sont trop souvent défoncés pour qu'on puisse espérer marcher côte à côte, serrés l'un contre l'autre, tout en ayant une conversation agréable.
Nous irions au café. Elle le voulait populaire, pas refait à neuf, pas ripoliné, pas chiquifié comme trop souvent désormais. On s'installa dans un où j'avais mes habitudes.
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11.02.2012
Dans cette ville... (II)
Des mammas africaines, magnifiquement volumineuses, très enturbannées, très colorées hurlaient leur joie de vivre, de jeunes chinois faisaient claquer au flipper, des parties gratuites qu'ils commentaient bruyamment, la machine à café soupirait longuement; on attendait qu'elle s'arrête enfin, mais non elle repartait encore pour de longues secondes. Un haut-parleur juste au-dessus de nous laissait entendre une musique syncopée. A côté, un couple se taisait obstinément, et dans la rue, sur le trottoir en face, un marteau-piqueur, venait parfaire cette symphonie.
J'interrogeai Plaisir du regard, elle me fit comprendre que ce cadre dépassait toutes ses espérances.
- Donne-moi encore un peu de plaisir, s'il te plaît.
Comment lui refuser, c'était demandé tellement gentiment.
Pour subvertir la cacophonie, je lui criais à l'oreille.
- Évidemment, on peut condamner le plaisir, mais il y aussi une morale du plaisir. Une philosophie du plaisir, des écoles (tantriques) du plaisir. Une religion du plaisir. On peut renoncer au plaisir, et pourquoi pas, se convertir au plaisir. Il y a les Sutras du plaisir, le célebrisssime Kama Sutra.
.On peut être enchaîné au et par le plaisir. On peut se damner par et pour le plaisir et éprouver le plaisir de la damnation ( Don Juan). Et puis j'y pense à l'instant, on pourrait avoir à connaître le plaisir du tragique.
- "Oui, mais là, ce serait un plaisir qui nous ressemblerait". Elle avait dit cela dans un sourire, une sourire simple et profondément naïf. Le genre de ceux qui retiennent mon attention. Elle continua.
- Et rosir de plaisir, on le peut ?
- Bien sûr qu'on le peut.
- Parce que c'est ton cas, mon garçon, fini le jeune citadin au teint blême, à cet instant précis, tes joues ont rosi, tes yeux brillent, et ton tempérament sanguin apparaît enfin. Ma thérapie produit déjà ses effets.
"Mon garçon", cette fille que je connaissait à peine m'avait appelé "mon garçon" ! comme aurait pu le faire une tante attentionnée ou une mère aimante.
Mais elle avait raison. Et c'était tout moi. Je fais une chose et je dis le contraire ou bien je dis une chose et je fais le contraire, et je glisse d'un état à son état opposé. Où est donc le garant de mon unicité ?
Depuis quelques instants le voisin mutique s'agitait, il voulait parler, nous parler.
- Si vous le permettez, jeunes gens, pour ma part je crois que le plaisir se doit, avant tout, d'être chanté.
- "C'est vrai". C'est ce que nous lui répondîmes, en tant que jeunes gens.
Il arrondit la bouche et aussitôt en sortit le tube éternel - POUR LE PLAISIR - sa poitrine se gonfla, ses yeux roulèrent, ses bras s'ouvrirent, et tout l'Orient qui était déjà massivement représenté dans ce bistrot s'installa définitivement. C'était Plaisir d'Orient
La femme qui, l'instant d'avant, était sur le point de planter ce compagnon trop taciturne, lui retrouvait, d'un coup, tout le charme de leur début. Elle le couvait du regard.
Il eut fini. On applaudit avec enthousiasme. Elle déclara, heureuse comme trop rarement :
- "Moi, ce que j'aime, c'est être parcouru par des ondes de plaisir, des frissons de plaisir, là sur les bras. Etre inondée de plaisir, baignée dans le plaisir, être submergée par une ou des vagues de plaisir". Elle croisait les bras autour de ses épaules, la tête penchée, les lèvres humides, les yeux pétillants, et faisait palpiter ses mains au long de son corps.
Cette fois, c'était au tour de l'homme de la regarder, surpris d'abord, et ensuite ravi. Se souvenant soudain tout ce qu'il avait oublié d'elle. La sensualité des femmes, c'est vraiment quelque chose ! pensa-t-il.
- "Et les plaisirs coquins, ça a son importance aussi". C'était Monsieur Jasper, le patron du bar, qui passait à côté et qui tenait à apporter sa petite brique à l'édifice en train de se construire.
- Et toi Maurice, t'en connais en rayon sur le plaisir.
- Tu parles, à part le mendier, parfois le voler. Non, j'n'ai connu que les plaisirs faciles, moi. Tout c'que j'ai fait de ma vie. Non, c'est René qu'est balaize en plaisir.
- Putain, c'est vrai. Les plaisirs vicieux, les sales plaisirs, les plaisirs sadiques, les plaisirs coupables, et roulez jeunesse, c'sont tous mes compagnons, mes frères d'arme.
- Ben mon salaud, moi, j' suis un enfant du plaisir, c'est tout c'que j'ai reçu d'ce côté là.
- Oh le bâtard, j'ignorais que tu étais issu d'un croisement entre une homme de plaisir et une fille à plaisir.
- Tu traites pas ma mère, s'il te plaît.
- Pour moi, les plaisirs de la bouche, les plaisirs de Bacchus, ça...oui! Mais rien de plus. Patron, c'est ma tournée.
Et tous les clients, accoudés au bar, les uns debout, les autres assis sur les hauts tabourets, y allaient de leur rapport autobiographique au plaisir. Bientôt la biographie fit place au simple jeu.
On évoqua les plaisirs d'alcôve et ceux des dieux, celui du roi et ceux de la Cour. A l'autre bout de l'échelle sociale, les plaisirs de la populace et ceux de la plèbe.
Pour certains seuls les premiers avaient droit de cité. Pour d'autres les seconds avaient aussi leur grandeur, leur vertu, et même leur beauté, disaient-ils avec cet air louche qui laissait entendre qu'ils y avaient goutés.
La joute devenait générale, l'empoignade verbale totale, comme lorsque un événement vous donne l'occasion enfin de sortir de l'ornière du quotidien, on fait bloc pour en être, et là il s'agissait de bien figurer, d'asseoir sa réputation de locuteur émérite de la langue française. Pas question de faillir, et si l'un hésitait, cherchait un mot, les autres l'encourageaient, l'aidaient du geste, de la voix. On redécouvrait ce bonheur simple de jongler avec les mots
- Et le principe de plaisir, y a pas ? C'est pas un truc qui existe, ça?
- Inconnu au bataillon.
- Ah bon, j'croyais.
Les mammas africaines, lorsqu'elles eurent compris de quoi il retournait se mirent à jubiler dans leur for intérieur, ce qui se traduisait immédiatement par de larges secousses de rire qu'elles partageaient aussitôt entre copines. Et le mot revenait sans cesse dans leur bouche, s'enflait démesurément :
PLAISIR - PLAISIR - PLAISIR - PLAISIR - PLAISIR - PLAISIR.
Il y eut une ligne continu de basse, un choeur de la brousse, sur laquelle des flammèches de sens plus précis venaient s'allumer.
Certains d'entre nous montèrent sur les tables, l'un entonnait avec une voix de ténor, en faisant varier les prépositions :
- "A plaisir - au plaisir - avec grand plaisir - par pur plaisir - en plein plaisir"
Sur la table en face, un autre d'une voix de stentor racontait des histoires d'attraction : :
- "Quel plaisir de vous voir. Vous me procurez un immense plaisir.
Et de répulsion
- Faites moi le plaisir de déguerpir d'ici, car tel est mon bon plaisir -".
Un autre un baryton, cette fois évoquait comme un art de vivre :
- "Se faire un petit plaisir - les plaisirs de la table - les plaisirs de la chair - les plaisirs du lit - les plaisirs des sens - mais aussi les plaisirs de l'esprit et de l'intelligence.
Et un haute-contre renchérissait :
- Des promesses de plaisir (si possible innombrables) - les plaisirs et les jours - se faire plaisir - des plaisirs ambigus - des plaisirs illicites - Il chanta aussi le plaisir solitaire, à l'entendre l'alpha et l'omega de tous les plaisirs, mais sous les hués du public pour qui le plaisir était forcément collectif et à son comble..
D'autres, avec une voix d'outre-tombe, une voix de fausset, une voix de crooner, Plaisir elle-même avec une jolie voix de soprane et bien d'autres encore vinrent chanter pour nous confier tous leurs menus plaisirs. Et à chaque fois, des bravo, des applaudissements, des très-bien, des "ah ! j'y aurais pas pensé à celui-là".
Tout cela relevait maintenant de la transe verbale, et moi je m'émerveillais devant l'extraordinaire plasticité de ce mot. Il semblait occuper le centre du langage en attirant tous les autres mots qui s'accolaient à lui avec grâce, sans heurt, et avec une telle évidence. Il les illuminait de sa pleine signification et en retour il se colorait de leur nuance multiple. Les autres mots, dans ses parages, subissaient une déviation et venaient se frotter à lui.
Finalement, la soirée se prolongea tard dans la nuit.
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